6 juillet 2015 - 5ème journée nationale des pôles métropolitains

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5ème journée annuelle des pôles  métropolitains : 15 pôles créés, une dizaine en projet

Le réseau national des pôles métropolitains organisait la 5ème édition de sa journée annuelle le 6 juillet 2015 à Lyon en partenariat avec France Stratégie. Cette manifestation, à laquelle 200 participants ont pris part, a permis de constater que l’engouement pour les pôles métropolitains reste au rendez-vous de ce début de mandat. De nouveaux projets se formalisent. Les multiples interventions ont montré la « diversité des usages » des projets de coopération métropolitaine.

 

Accueillie au Musée des Confluences, situé à l’extrémité avale du quartier Confluence à Lyon, la 5ème journée des pôles métropolitains a été consacrée à la problématique de la « Diffusion territoriale de la croissance : compétitivité, solidarité, interterritorialité ». Thématiques fort justement appropriées par Gérard Collomb auquel est revenu le soin d’introduire cette journée. A l’inverse d’une vision « d’aspirateur métropolitain », le président de la Métropole de Lyon et du Pôle métropolitain lyonnais a insisté sur le puissant effet redistributif de la Métropole et mise sur la complémentarité et les forces spécifiques de chacun des territoires afin de pallier le manque de puissance vis-à-vis de Milan, Barcelone, Manchester et les villes européennes de même rang en atteignant un seuil critique de près de 2 millions d’habitants et de 115 000 entreprises. Gérard Collomb considère ainsi que l’assemblage des caractéristiques « intensives de la Métropole et extensives du pôle métropolitain » constitue un atout considérable qui passe par l’établissement d’une relation de confiance et de réciprocité avec les parties prenantes du pôle. 

Diffusion territoriale de la croissance 

La première séquence de la journée, était organisée en association avec France Stratégie qui a fait de ce sujet l’un des thèmes de travail de son Club de prospective territoriale pour l’année 2015. Selma Mahfouz, commissaire générale adjointe de France Stratégie, a eu l’occasion de rappeler les principaux résultats des travaux récemment conduits sur la nouvelle géographie de la croissance en France par l’organisme placé auprès du Premier ministre. Le constat est désormais connu : l’économie de la connaissance, qui constitue un important vecteur de croissance, se caractérise par une tendance naturelle à l’agglomération. « Ceci est contre-intuitif, nous aurions pu nous attendre à l’intensification des relations à distance » a précisé Selma Mahfouz « mais c’est l’inverse qui se produit, les écosystèmes locaux sont cruciaux et ils sont souvent fondés sur des avantages initiaux ». Plusieurs cartes et graphiques (cf. ci-dessous) indiquent précisément que les aires urbaines de plus de 500 000 habitants bénéficient d’une forte croissance de l’emploi sur des séries longues (1968 à 2011), concourant à une polarisation renforcée de la part des établissements dans les secteurs innovants. En prenant l’exemple des Etats-Unis, Selma Mahfouz indique alors que la division territoriale pourrait devenir un vecteur de différenciation désormais plus structurant que l’origine sociale ou ethnique. 

Prolongeant ces propos, l’économiste Laurent Davezies, professeur au CNAM, a annoncé un brin provocateur que « pour une ville moyenne, il vaut mieux être dans l’orbite d’une métropole ». Mais la relation entre les zones centrales des systèmes métropolitains et leurs périphéries semble toutefois plus complexe qu’un simple effet de dépendance ou de hiérarchie urbaine. Comme il l'a aussi démontré dans son étude réalisée avec Magali Talandier pour le compte du CGET (ex DATAR) consacrée à l'analyse des systèmes productivo-présidentiels, les métropoles doivent en partie leur attractivité à leurs territoires environnants ce qui contribue à relativiser le « qui mange qui ? »

Rappelant que la majorité de la base productive et de nos entreprises industrielles de taille intermédiaire (ETI) ne sont pas localisées dans les métropoles, Gilles Mergy, délégué général de l’Association des Régions de France (ARF), estime qu’il n’y a pas une approche unique du développement économique. Selon lui, l’effet réseau recherché par les pôles métropolitains pour exploiter les complémentarités entre économie de la connaissance, des services et celle de l’industrie concorde largement avec les ambitions défendues par les régions. Au lendemain du débat portant sur l’élaboration des schémas régionaux de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) prévus par la loi NOTRe, Gilles Mergy a estimé en outre que ces schémas peuvent contribuer à limiter les effets de dumping territorial. 

Contribuant au débat sur la recherche d’une organisation institutionnelle optimale visant à susciter des dynamiques de croissance, Christophe Ferrari, le président de Grenoble-Alpes Métropole, estime que la carte des pôles métropolitains révèle une réalité et un besoin de coopération à des échelles multiples. Il est vrai que la future région Rhône-Alpes Auvergne compte quatre pôles ou projets de pôles autour de Lyon, Grenoble, Genève et Clermont Ferrand et que leur mise en réseau pourrait générer de formidables atouts de coopération.

 

Les usages des pôles métropolitains

 

La deuxième partie des débats s’est centrée sur la façon dont les 15 pôles métropolitains officiellement créés et la dizaine de pôles en cours de structuration appréhendent les rapports inter-territoriaux. Il était dés lors intéressant de constater la permanence de certaines motivations et l’émergence de nouveaux usages.

Le développement économique pris sous l’angle de l’attractivité, l’aménagement du territoire et les mobilités constituent ainsi toujours les piliers des démarches de coopération métropolitaine. Patrice Vergriete, le président de la communauté urbaine de Dunkerque, énonce les principes simples qui président encore au pôle métropolitain de la Côte d’Opale : « l’union fait la force, nous travaillons ensemble car cela nous rend plus puissants et nous donne des capacités de mutualisation ». A travers l’expérience de la Côte d’Opale il est toutefois possible de percevoir des thèmes nouveaux : mutualisation des études et ébauches de politiques mises en œuvre en commun, notamment pour consolider une capacité de maîtrise d’ouvrage sur les problématiques de submersion marine. Dominique Adenot, premier vice-président du syndicat Métropole Clermont-Vichy-Auvergne, insiste également sur la capacité des pôles à favoriser la mobilisation collective des forces vives du territoire, au service d’une compétitivité, d’une complémentarité et d’une attractivité renforcées.


Dans certaines configurations, les pôles sont amenés à approfondir leurs actions et à intégrer des compétences opérationnelles à l’image du pôle Le Mans Sarthe qui devient service instructeur des autorisations d’urbanisme pour ses membres. Comme l’a rappelé son président Jean-Claude Boulard, le pôle est ainsi conçu comme un outil au service d’une solidarité urbain-rural renforcée. Que ce soit en matière de soutien à l’ingénierie ou en matière de mobilité, le pôle doit asseoir l’efficacité métropolitaine sur une dynamique inclusive et fédératrice. Pour Gaël Perdriau, président de Saint-Etienne Métropole, l’adhésion probable de la Communauté de l’Ouest lyonnais au Pôle Lyonnais est ainsi une excellente opportunité pour conférer une assise métropolitaine aux 340 hectares à aménager autour de l’aéroport de Saint-Exupéry. L’intégration de compétences est également en débat dans le cadre de l’ARC syndicat mixte qui anime le projet métropolitain du Genevois français afin de « peser face au canton de Genève qui constitue une unité administrative très structurée » a expliqué Etienne Blanc, le député-maire de Divonne-les-Bains. 

Parmi les pratiques émergentes, a été également présenté le cas du pôle Centre Franche Comté qui est devenu le lieu de discussion et d’arbitrage entre les agglomérations de Franche-Comté pour la mobilisation des enveloppes territoriales des CEPER et PO (fonds européens). « Il s’agissait d’une demande de la Région qui a contribué à faire du pôle un interlocuteur et un opérateur du CPER » a expliqué Jean-Louis Fousseret, président de l’agglomération du Grand Besançon. 

Un an après l’installation des nouveaux exécutifs communautaires, on peut ainsi constater que les projets de coopération métropolitaine ne faiblissent pas là où ils étaient bien ancrés et que d’autres territoires ont mis à profit le début du mandat pour accélérer considérablement leur implication métropolitaine à l’image du pôle Caen Normandie Métropole, représenté par sa présidente, Sonia de la Provôté, qui a eu l’occasion d’exposer un fonctionnement à deux niveaux du pôle : « nous disposons d’un niveau de coopération socle avec 13 communautés, et d’un cadre de coopération plus souple avec une vingtaine de communautés pour travailler sur des sujets plus ponctuels. Le tout au sein d’un pôle métropolitain unique. ».

Concluant la journée dont il a été l’animateur averti, Philippe Estèbe, directeur de l’IHEDATE, estimait que « la diversité des territoires conduits à une diversité des usages des pôles ». Par delà cette diversité, les échanges de la journée ont révélé une constante également repérée par Philippe Estèbe, auteur récent d'un ouvrage sur "L'Egalité des territoires, une passion française" 
« la dynamique initiée autour des pôles et des projets de coopération métropolitaine traduit un appétit croissant de dialogue horizontaux entre territoires et c’est une bonne nouvelle pour la construction de nouvelles solidarités locales ». 

Documents de séance

Publications pôles